Association

Généralités

Bilan 1999 

RAPPORT DACTIVITE

SOMMAIRE

1/ PRESENTATION

 

1.1. Les opérations 1999

1.2. L’ activité de Gamins de l’Art Rue

 1.3. Les intervenants

 

2/BILAN D’ACTIVITE

 

2.1. Bilan  Bordeaux  (Carnaval & Festival des Hauts de Garonne)

2. 1. 1. Les actions

2. 1. 2.  Réflexions

 

2.3. Musiques Métisses (Angoulême)

2. 2. 1. Actions

2. 2. 2. Bilan

2. 2. 3. Réflexions

 

2.4. CCAS

2. 4. 1. Les actions

2. 4. 2 . Le bilan

 

2.5. Le plus grand repas de quartier d’Europe à Nancy

 

2.6. Léo Lagrange (Lille)

2. 6. 1. Le projet du Géant

2. 6. 2. La préparation

 

2.7 NJP ( Nancy)

2. 7. 1. Les actions

2. 7. 2. Réflexions

 

2.8. Sao Luis (Brésil)

2. 8. 1 Les ateliers avec Accrorap

2. 8. 2. Dans une logique de formation

 

3/Conclusions

 

 

1.Présentation

 

1.1. LES OPERATIONS  1999

 

 

  Nouvelle participation au Carnaval de Bordeaux.

 

√  Mise en oeuvre d'ateliers résidence à Angoulême dans le cadre du Festival des Musiques Métisses, en milieu urbain et en milieu rural (à Rouillac) avec la participation du Mouvman Kiltirel VOUKOUM.

 

√  Organisation d'une tournée  de VOUKOUM dans les centres CCAS  à travers la France, ainsi que de 2 résidences en Bretagne et à Avignon.

 

√  Participation des Brésiliens du QUILOMBO URBANO au Festival des Hauts de Garonne.

 

√  Démarrage d'une collaboration avec l'Etablissement Régional Léo Lagrange Nord Pas de Calais, avec mise ne place d'ateliers et de repas de quartier dans cette région autour du QUILOMBO URBANO, cette initiative étant le premier volet préparatoire d’un grand événement qui sera réalisé en 2000  autour du thème du Grand Géant.

 

√ Atelier résidence à San Luis (‘Brésil) préparatoire à la  création ACCRORAP/  QUILOMBO  URBANO.+ atelier de sensibilisation dans les quartiers + mise en place d’un atelier “techno-prod”(technique de production et vie associative) à l’occasion de l’organisation  du concert d’ouverture des rencontres nationales du mouvement hip hop à San Luis(avec Racionais MC la star rap du Brésil) .

 

√  Participation à l'organisation du plus grand repas de quartier d'Europe à Nancy, notamment par l'organisation d'ateliers avec VOUKOUM et l'animation d'un Stage/ Chantier  d'insertion, dans le cadre de la manifestation  "40ème anniversaire du Cèdre Bleu” (quartier du Haut du Lièvre), organisée par la Mission Locale de Nancy.

 

√  Mise en résidence du groupe oranais EL RACHIDIA ER WAHRANIA, dans le cadre du Festival Nancy Jazz Pulsations de  Nancy.

 

√ Ateliers résidence de création à BASSE TERRE dont le résultât est la mise en place d’un spectacle pour l’ouverture  du Carnaval et qui sera joué toute cette année par le groupe VOUKOUM.

 

 

 

 

1.2. L’ACTIVITE DE GAMINS DE L’ART RUE

 

L’association Les Gamins de l’Art Rue  est née  le 1er octobre 1996 de la décision de plusieurs responsables de structures culturelles  de se doter d‘un outil de production efficace,  qui soit le fruit  de pratiques communes et qui repose sur une méthode de travail originale, La mise en commun des expériences et des moyens de production  a  été conçue pour proposer de nouvelles offres culturelles au niveau européen tout en tenant compte des évolutions des comportements et des réalités auxquelles nous sommes confrontés sur le terrain (que ce soit au niveau des  différents acteurs, créateurs, artistes, intervenants dont nous pouvons mieux cibler la demande). Notre démarche a été aussi de concrétiser notre volonté de créer un outil indispensable pour  aider efficacement  les émergences, par la mise en place d’un dispositif autour des  ateliers résidence..Il s’agit enfin  d’utiliser cet espace pour matérialiser la réflexion sur de nouveaux modes d’action culturelle et  dégager de nouveaux axes de travail à la fois dans le cadre de la politique de la ville, et dans celui des échanges entre les peuples, les populations qui  en sont majoritairement exclues étant les premières concernées.Enfin, il nous faut tenir compte des nouveaux comportements en matière de culture, qui ont fait de la reconnaissance des cultures populaires et de la mise en condition professionnelles les  deux axes qui fondent et expliquent la réussite de nos actions. 

 

√ L’année 1998 a  été consacrée à rendre notre  association opérationnelle ce qui a été réalisé d’autant plus facilement que ses principaux animateurs avaient plus de 6 ans d’expérience en  matière d’ateliers résidence et que le réseau d’opérateurs qui constitue la base des Gamins de l’Art Rue a pu offrir un terrain d’activité déjà rôdé à ce type de pratique (Bordeaux, Angoulème, Nancy ...). Parallèlement, le démarchage de nouveaux partenaires a permis de travailler dans de nouvelles communes (Chelles, Arles, Toulouse,Paris, Rio, San luis).

 

√ L’année 1999 a été celle de la continuité avec la mise en place    du dispositif des ateliers résidence dans des manifestations d’envergure telles que le Festival Musiques Métisses d’Angoulême, le Festival des Hauts de Garonne, le Nancy Jazz Pulsations.... L’ouverture sur de nouveaux partenaires s’est accentuée que ce soit au niveau des entreprises (CCAS/EDF-GDF), des structures nationales liées à l’Education Populaire (Fédération Léo Lagrange, ) ou encore des acteurs de la politique d’insertion comme la Mission Locale de Nancy,  PJJ. Lassociation Gamins de l’Art Rue est devenue en peu de temps une structure culturelle reconnue, comme l’attestent d’une part le soutien réitéré du  du FAS, de la DIV et de la Caisse des Dépôts - auquel s’est adjoint celui du Ministère de la Culture (DDAT)  - et d’autre part notre agrément par le Ministère de la jeunesse et des Sports au titre de la Jeunesse et de l’Education Populaire et le soutient qui devrait aller avec cet agrément.

 

L’outil mis en place est donc désormais en état de marche pour mettre en valeur ses concepts et atteindre ses objectifs qui visent, à travers une démarche de reconnaissance des cultures populaires, à lutter contre l’exclusion et à réaliser des confrontations culturelles basées sur des échanges internationaux, dans une dynamique de production artistique. Suivra la création de formations-action s’appuyant sur les structures des membres fondateurs cependant que dès aujourd’hui, la mise en place de logistiques communes à l'étranger est en train d’aboutir à la construction d’un véritable outil de coopération et d'échange(une formation de formateur est mise en place par Léo Lagrange Nord Pas de Calais  et confiée à Gamins de l”Art Rue pour le contenu pédagogique).

 

Ce qui a marqué également l’année 1999 a été la réalisation  - pour la première fois - d’ateliers résidence au Brésil, ainsi que le développement d’actions conjointes  avec nos partenaires  brésiliens  et guadeloupéens, ces derniers associant des Jeunes de Bordeaux et de Nancy à leur création Potkabrit (Voukoum). C’est enfin la mise en forme d’une nouvelle  proposition d’ateliers résidence de création, avec la collaboration d’Accrorap et des Gyrophonies. Il faut bien distinguer les ateliers d’expérimentation et de sensibilisation ouverts à tous - et à tout niveau de compétence  - qui produisent des formes esthétiques simples, des ateliers de création qui, font appel à un niveau de compétence élevé, visant à l’excellence, et des actes esthétiques plus complexes qui, souvent, viennent encadrer, renforcer des formes plus simples et qui tout le temps en son le développement.

 

Le développement de partenariat avec des maisons d’éditions ou de productions comme Gallimard ou Archipel peut aussi être considérée comme une  reconnaissance du dispositif et un renforcement du volant pédagogique de celui-ci. Des réunions de bilan systématiques, tant en France qu’avec nos partenaires étrangers permettent de mieux adapter le dispositif aux réalités de proximité et de définir les missions de chacun visant à reconstruire l’unité dans la diversité.

 

Enfin,  devant la reproduction du dispositif par des opérateurs nombreux et divers, l’action des Gamins de l’Art Rue   est de maintenir la cohérence du dispositif que nous le voyons souvent être vidé de son sens politique, sous prétexte d’efficacité artistique. Des défis de grande ampleur sont construits sur le modèle résidence mais les artistes comme les populations y sont instrumentalisés. Les ateliers avec Doudou Ndiaye Rose sont toujours efficace au niveau de la forme esthétique, quand il intervient seul ou avec deux ou trois maître tambours, mais ils sont vidés de leur sens quand on les ampute de la présence d’une douzaine de jeunes de Dakar d’âges différents, des arbres à Palabre et autres repas de quartier. Cette dérive, qui s’appuie  sur des raisons économique et un faux apolitisme, est au contraire très politique dans sa volonté de maintenir des sphères séparées et de considérer  l’art comme forme élaborée de la vie.

 

L’autre dérive propre à l’éducation populaire est ce que l’on appellera celle de la “percussion macramé”qui se caractérise par la non prise en compte des exigence artistiques, la négligence de la forme et la peur du plaisir . Nous y reviendrons dans le bilan 2000.

 

“Nous comprendrons bien ici que l’intérêt de l’atelier-résidence est d’être une expérimentation, c'est-à-dire une action qui permet de répondre à des questions, de poser une cohérence au-delà d’un aspect utilitariste.”1

 

 Quel que soit le type d’atelier résidence, ils permettent de renforcer une volonté d’excellence artistique s’appuyant sur l’expression d’un sens, d’une vision du monde.

 

 

 

 

1.3. LES INTERVENANTS

 

 

Les groupes qui ont participé aux activités de notre association en 1999 sont le QUILOMBO URBANO du Brésil, El Rachidia Er Wahrania d’Algérie et le Mouvman Kiltirel VOUKOUM de la Guadeloupe.ACCRO RAP et les GYROPHONIES en France.

 

QUILOMBO URBANO (Brésil)

 

Créé en septembre 1995, le QUILOMBO URBANO  est issu du mouvement hip hop de MARANHAO au Brésil. A travers les 3 formes esthétiques de la culture hip hop - la musique (rap), la danse (smurf et break dance), la peinture (graffitis) - QUILOMBO URBANO lutte contre l'exclusion, le racisme, la pauvreté et leurs diverses causes. Soucieux de développer la conscience des jeunes défavorisés des favelas, ses membres participent à l'éducation populaire  à travers l'organisation d'ateliers

 

 

résidence qui leur permettent de diffuser des messages positifs et valorisant pour leur communauté.

 

Les QUILOMBO URBANO ont animé des ateliers résidence (graffitis, rap, break dance) à  Arles en 1998 et  dans le Nord pas de Calais, à Bordeaux  et  à Nimes (avec Triangle hip hop) en 1999.

 

 

ACCRORAP (France)

 

Depuis plusieurs années la compagnie  Accrorap et les Gamins de l’Art Rue situent  leurs travail “du local à l’international“. En effet , le mouvement hip-hop se développe sur plusieurs continents,  les différents acteurs ont besoin de se rencontrer,  d’échanger, ..et nous avons décidé d’être au coeur de ce nouveau réseau, à la fois dans les quartiers de France mais aussi dans les banlieues d’Europe et les favelas du Brésil ...

 

A travers ses nombreuses tournées à l’étranger, et parce qu”elle ne voulait  pas se contenter de ne faire que de la diffusion, la Compagnie a noué des contacts dans différents pays afin de pouvoir construire des projets d’échanges internationaux .

 

Pendant que Kader Attou commence un travail en Inde en faisant se rencontrer le hip-hop et certaines forme de de danse traditionnelle indienne, un projet s’est mis en place au Brésil grâce à un échange entre le mouvement hip-hop brésilien et le travail d’Eric Mezino, de Landrille Tchouda, de Sébastien Vela Lopez et de Christophe Roser , danseurs et chorégraphes de la compagnie Accrorap .

 

Un tel projet sur les formes populaires nécessite d’être appréhendé dans sa globalité afin de garantir une cohérence entre la création d’une oeuvre artistique et ses résonances sociales .

 

 

 

 ER RACHIDIA EL WAHRANIA (Algérie)

 

Avec sa troupe traditionnelle de KARKABOUS et son orchestre classique, l'ensemble ER RACHIDIA d'Oran  repose sur une idée simple et forte : se dévoiler en musique avec la composante karabou pour le folklore, et la composante orchestrale pour la musique oranaise et arabo-andalouse qui, dans leur version contemporaine,  ont donné naissance au rai.

 

L'ensemble ER RACHIDiA est aussi une école qui ouvre ses portes aux jeunes musiciens dans le cadre d'ateliers de formation continue. Avec le comité de quartier de Sidi Lahouari, ils ont décidé de remettre en état le centre culturel qu'ils occupent. C'est avec ce comité qu'il mènent également des actions de solidarité tant au niveau de la santé (collecte et distribution de médicament), que de l'assistance scolaire.

 

En 1998, les intervenants oranais ont  animé des ateliers de musique traditionnelle,  (percussions,  chant,  danse) et de cuisine lors de la résidence dans la région bordelaise Ils ont également participé au spectacle final du Festival des Hauts de Garonne en proposant un spectacle de musique arabo-andalouse reprenant les grands standards du genre.

 

En 1999, ils ont également animé des ateliers résidences, mais cette fois à Nancy, dans le cadre du Nancy Jazz Pulsations.

 

 

 

 

LE MOUVMAN KILTIREL VOUKOUM  (Guadeloupe)

 

Mouvement culturel, né en  1988 à Basse Terre, VOUKOUM a pour but de participer au développement et à la promotion d'une culture guadeloupéenne au travers de ses diverses activités,  qui sont, entre autres, la recherche sur les masques traditionnels et leur réappropriation dans le carnaval, la création d'instruments de musique d’aprés le modèle " ka ", le  travail sur la musique ancestrale du Carnaval - "MUSIQUE A MAS GRO SIWO" -  et l’adaptation des 7 rythmes de base du gwo ka sur des instruments plus petits et joués avec des baguettes, la réappropriation des événements historiques  de la Guadeloupe par leur commémoration lors de manifestations culturelles, l’organisation de "LEWOZ " (soirées culturelles), de concerts  et  d’enregistrement de 2 CD.

 

Voukoum se définit comme  "un mouvement qui permettrait aux hommes et aux femmes de cette région d'être des acteurs participant au développement de leur propre culture au lieu d'être des spectateurs consommateurs de la culture, tombés dans une aliénation et un marasme qu'il est temps de  briser définitivement ."

 

Le Carnaval 1989 fut la première réalisation de ce mouvement naissant et depuis Voukoum est venu de nombreuses fois se produire en métropole (Cinq centenaire de l’abolition de l’esclavage à la Villette en 1998, Festival Musiques Métisses à Angoulême dans le cadre des ateliers résidence organisés dans cette ville et à Rouillac (milieu rural) en 1999, tournée des centres CCAS et résidences en Bretagne, Nancy et à Avignon, concert à Bordeaux,  en 1999 également.

 

 

 

 

2.LES OPERATIONS

 

2.1.BILAN BORDEAUX (carnaval & Festival des Hauts de Garonne)

 

2.1.1. Les actions

 

L’association GAMINS DE L’ART RUE   a contribué à la coordination artistique du défilé du carnaval de Bordeaux en février, et  a organisé la mise en place et l’animation d’ateliers. Elle a d’autre part assurée  la responsabilité de   la crémation de Monsieur Carnaval.

 

Deux  intervenants chargés d’animer des ateliers sont  venus du Brésil et de Cuba, pour apporter leur contribution  à cette fête très réussie organisée par Musiques de Nuit Diffusion.

 

Dans le cadre du Festival des Hauts de Garonne, organisé pendant l’été par cette même structure, le groupe Brésilien QUILOMBO URBANO a été invité et nous avons contribué aux opérations suivantes :

 

A - Des ateliers de  percussions et de danse  durant la période du  05/07/99 au 16/07/99 Les ateliers ont eu lieu du lundi au samedi dans les centres sociaux et MJC  de Bassens, Artigues, Grand parc, Floirac, Cenon, Beutre, Ch.Long, Benauge, Merignac, Ambarès...

 

 

B - Des animations autour d’un repas de quartier/arbre à palabres (débats, musique, vidéo), se sont déroulés pendant la durée du Festival  à Mérignac /Artigues /Bas Floirac /Magudas /Ambares  /Cenon /Bassens ainsi qu’à La Benauge...

           

C -Un concert du QUILOMBO URBANO  a eu lieu à Bassens le vendredi 16  juillet au gymnase Séguino et un autre  a été organisé le lundi 19 juillet à  dans le cadre des lundis de juillet.Des mini-concerts et free style en fin de chaque repas de quartier.

 

 

2.1.2. Réflexions2

 

• Les lieux :

 

- “Le lieu peut offrir une base cohérente dans la durée pour souder entre elles des opérations à caractère événementiel et ainsi offrir un pôle de mobilisation pour d’autres types de manifestations.

Le caractère événementiel met en visibilité des choses intéressantes par les côtés spectaculaires, mais ce n’est pas suffisant pour assurer une base s’il n’y a pas des relais, une cohérence d’année en année par rapport aux manifestations, par rapport aux festivals, par rapport aux carnavals, etc. C’est pour ça qu’il faut un lieu à l’année. Une des idées qu’on avait entre Musiques de Nuit et les Gamins de l’Art Rue était de développer en parallèle au Festival de Hauts de Garonne des ateliers résidence dans ce lieu où des jeunes émergences ou des jeunes par des structures d’autres villes qui voudraient passer des séjours dans le cadre d’atelier résidence puissent venir. Il  est nécessaire de construire un accueil si on veut construire un lieu comme ça, qui fonctionne et  qui ouvre des espaces et non pas un lieu qui soit un nouveau centre social, la coordination artistique des centres sociaux ”(Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

 

 

  Le carnaval

 

“ Au départ le carnaval était une commande de l’institution dans le cadre des Programmes Culturels des Quartiers. Musiques de Nuit a rappelé l’importance de placer cela dans un investissement réalisé depuis des années dans cet esprit là, où l’on ne travaille pas uniquement sur un événement. L’idée était donc défendre l’idée d’une reconduction annuelle ce qui a été fait mais il faut rappeler que l’année dernière, au mois de décembre on ne savait pas si on faisait ou non le carnaval, si on faisait venir les Africains du Sud ou si on ne les faisait pas venir, au mois de décembre et c’est quand même un peu difficile de construire des projets artistiques qui se tiennent, de retenir aussi un certain nombre d’encadrements quand tu ne sais pas si ça va avoir lieu ou pas… “ (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

 - En se mettant à plusieurs, on peut envoyer avant sur le terrain des gens du carnaval qui vont passer du temps avec les gens qui vont venir ici, pour leur donner la philosophie de l’action, pour les motiver à ce qu’ils vont faire, c’est ce boulot là qu’il faut qu’on amplifie, c’est un travail de fond, , de motivation et les gens sont prêts à ça, j’ai dit les gens, pas seulement les artistes, les gens, ils demandent ça, on est dans l’air du temps, le feeling il est là, il n’est pas à trouver le groupe qui va faire le meilleur disque, qui va taper au top 50, il est à connecter les gens qui vont dans ce sens là entre eux. Ca doit être transversal, recouper les formes esthétiques, politiques, les actions sociales, les associations de quartier, les petits projets, les grands mouvements. Je crois qu’il faut travailler en amont plus profondément justement ces rapports de transversalité et les projets artistiques en gardant ce rapport : des créations à partir d’émergences, la sensibilisation et le côté lié au mouvement populaire, les échanges. Prendre du temps pour l’échange en même temps qu’on prend du temps pour cultiver l’acte esthétique, pour l’échange de techniques artistiques. C’est ça qui est intéressant dans Musiques de Nuit et qui a permis de développer cette transversalité qui est nécessaire surtout dans un carnaval où tout est art, peut être qu’il faut qu’on trouve une manière de fonctionner sur la préparation, sur les projets esthétiques, et sur des manières d’avoir des interactions ” (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

C’est ainsi qu’à  Bordeaux, nous avons pu confronter la réflexion et l’action et en tirer les leçons suivantes  :  Dans une recherche d’unité entre l’art et la vie,  l’atelier résidence est ce lieu d’expérimentation ou l’on peut tout faire sans faire n’importe quoi. Cela implique aussi qu’il faut dépasser ces luttes stériles entre le social, le culturel, le professionnel, l’amateur, ce qui est  populaire car touchant le plus grand nombre, ce qui est élitiste détenteur de l’excellence,  pour aller vers des  espaces dans lesquels les tensions issues de confrontations amènent le dépassement. La résidence devient alors le lieu où le besoin de structuration rassurante, d’intégration, peut coexister avec le désir issu de l’artistique de prendre des risques pour aller plus loin, d’affirmer “c’est possible parce que  je ou nous le voulons”.

 

Il faut les deux, privilégier le côté rencontre, échange social, dynamique politico-culturelle, et d’un autre côté, avoir un projet esthétique fort mais je pense qu’il ne faut pas non plus ne proposer que les projets esthétiques forts sans avoir la sensibilisation. Au départ il y avait le principe de base qui était, en travaillant sur les formes esthétiques et en faisant des ateliers ça dépassait le pur enseignement d’une technique musicale ou artistique en amenant beaucoup d’autres choses, de liens, d’échanges, de discussions, d’espaces, de rencontres. Dans un mouvement réciproque ces choses renforçaient les pratiques artistiques puisque souvent les discussions étaient des thématiques sur le travail des formes artistiques et permettaient de creuser différemment les techniques. L’exigence augmente, il y a des vraies volontés qui s’affirment de vouloir avoir des pratiques amateur avec des exigences élevées en tant que rendu esthétique mais aussi en tant que savoir-faire, en tant qu’apprentissage, en tant que discipline à tous niveaux. Face à ces niveaux d’exigence il faut donc des réponses différentes. " (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

La question n’est donc pas de privilégier un projet esthétique fort au désavantage d’une transmission en atelier ou inversement, soutenir l’intervention en atelier dans les quartiers au détriment d’une unité artistique de l’événement. La division ou la séparation semble moins venir de la forme populaire ou de l’artiste engagé que dans la façon dont est conçue la mise en place d’une intervention artistique dans les quartiers populaires, c'est-à-dire l’égide idéologique soit sociale, soit culturelle sous laquelle est placée cette rencontre.” (Hugues Bazin)

 

Nous sommes nous pensons que les organisateurs doivent agir comme des plasticiens atmosphériste, ouvrir des espaces avec humilité et gérer le laisser faire.

 

 

Les centres sociaux

 

- “ A propos du centre social, c’est bien de s’appuyer sur les parents, faire un code de déontologie de fonctionnement dans le lieu parce qu’il faut gérer le lieu mais il faut ouvrir l’espace, il faut ouvrir le lieu. On peut avoir le même discours par rapport à tout lieu qu’on ouvre, que ce soit un centre social ou le lieu que monte Musiques de Nuit, c’est l’accueil. La même ouverture que tu reconnais pour les artistes,il faut  l’avoir pour les gens que tu ne considères pas comme artistes, appelés public ou populations, avec les prises de risque que ça implique. Tu vas voir que l’ouverture vers les populations va être différente, tu vas gérer ton lieu différemment et là tu vas voir les émergences, les voir, pas les repérer. Finalement gérer un lieu c’est gérer le laisser faire. Même s’il y a des règles, parce que ça se gère, parce que l’on est dans une société donnée ” (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

Il s’agit donc de dégager une mobilité et un rapport à l’espace autrement que par une catégorisation des lieux et des zones urbaines,  mais à l’intérieur même d’un mouvement. Les rencontres et le rapport au travail suscités par le carnaval et sa préparation peuvent ainsi se comprendre comme une mise en lumière de ce mouvement.

 

 

• Les repas de quartier

 

Des repas de quartiers et repas musiques se déroulent le soir durant toute la préparation du Festival. Ils représentent l’occasion d’ouvrir d’autres espaces de rencontres, bien que la physionomie de ces soirées soit très liée à l’histoire du lieu. En cela, la façon dont se déroule ces repas est représentative des relations entre la structure de proximité et le quartier et de l’histoire même du quartier. Dans certains lieux règne une certaine pesanteur. On ne constate pas réellement d’échanges et de lien entre les générations. D’autres,  au contraire, sont beaucoup plus conviviaux, quand ces rencontres s’inscrivent maintenant dans une tradition indépendamment du caractère événementiel du carnaval. Par exemple les repas préparés par les familles suivant les habitudes culinaires des différentes cultures.

 

-  Je crois que ça manque, les passages, l’échange, les gens des autres pays qui viennent c’est ça aussi, on amène quelque chose qui n’est pas ici. Les ateliers cuisines sont par exemple l’occasion de dire ce qui se passe chez les autres. Ils ont été créés pour amener les mères au centre de la discussion mais aussi aux centres de quartier et petit à petit tu commences à parler de pommes de terre et des oignons après on est entrain de parler de sexe, après on est entrain de parler de religion, ça amène, ça bouge et puis je laisse les choses et il sort des trucs, elles parlent, j’apprends beaucoup. Ça c’est riche, ça donne aux gens, mères, pères, enfants, jeunes, peu importe, ça donne la possibilité de réfléchir sur autre chose, c’est ça qui manque, il manque aussi ces contacts de tous les jours. Mais ça reste très ponctuel, ce qui manque peut être c’est l’esprit, cela risque de devenir trop cadré ”. (Wal - Les Gamins de la Rue, Costumière)

 

- C’est en discutant avec l’artiste africain Doudou N’Diaye Rose qui animait les arbres à Palabres qu’est née l’idée de préparation de repas. On s’est dit pour avoir les familles, la meilleure façon c’est qu’elles s’investissent de cette façon et pourront ainsi venir aux débats avec les gamins et tout le monde. Même s’ils ne prenaient pas la parole ils voyaient déjà qu’on pouvait la prendre, et c’était une dynamique. Sur un repas de quartier on a besoin que de l’équipe, les acteurs, entre des gens qui ne se connaissent pas, se répartissent même en petits groupes, parce que s’ils vont démarrer des discussions entre eux, les gens vont s’y intéresser, vont écouter et ça va essaimer. Aujourd’hui, il ne faut pas démobiliser les gens, il faut être vigilant pour qu’il y ait une vraie circulation entre l’équipe organisatrice, la population, les artistes venus d’ailleurs. (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

Les repas de quartier et les spectacles qui s’y déroulent sont en effet un lieu unique de réhabilitation du don et de rencontre entre le cadre premier des formes populaires et le cadre secondaire de l’atelier. A la fois lieu de rencontre entres les différents participants au carnaval et de représentation pour les artistes et leur travail en atelier, ils méritent la même exigence et attention. Ils n’ont pas l’impact événementiel d’une manifestation médiatique et pourtant représentent un espace de mise en visibilité, de publication ou d’exposition des processus de l’atelier-résidence.

 

Si les ateliers représentent une autre manière d’envisager la relation entre population/public et artistes/intervenants, les repas du soir offrent la possibilité de mettre en scène, de scénographier ce lien inédit.

 

- “ Ca créé un contact entre le public et le public. Notre jeu le permet facilement. Comme aussi dans un théâtre traditionnel, chaque fois que l’on descend dans le public et que l’on remonte après, à la fin de la représentation on peut être surpris de voir des gens discuter, c’est parce qu’ils étaient côte à côte, les clowns sont venus les ont plus ou moins mis ensemble et donc ça peut créer des choses, une convivialité qu’on peut retrouver à des niveaux différents, autant entre nous et le public, que le public lui-même. (Mokhtar, Cie Côté Jardin).

 

C’est l’opportunité pour les artistes d’engager des relations qui ne soient ni des relations de travail en atelier, ni de représentation sur une scène officielle. Les occasions en fin de compte sont assez rares pour rencontrer autrement les populations et même les autres artistes intervenants.

 

-L’objectif des repas de quartier, c’est pour que les gens puissent se rencontrer. Pour nous-mêmes c’est aussi l’occasion de rencontrer des gens, il faut essayer de plier les barrières, pouvoir discuter avec ces gens, pouvoir aborder ces gens. On passe aussi par la scène pour pouvoir rencontrer les gens, les toucher, qu’ils ne soient pas passifs, qu’ils soient aussi actifs. C’est ça l’objectif, mais nous aussi on y trouve notre compte, le fait de descendre dans le public ça me fait plaisir, de se frotter aux gens. Par exemple, l’autre jour on a fait une animation, je suis sorti de la salle pour fumer une cigarette, j’ai retrouvé des gens que je ne connaissais pas, d’habitude on ne se parle pas du tout, du coup cinq jeunes qui étaient là sont venus à côté de moi, on a discuté, on parlait, déjà le courant commençait à passer comme si on se connaissait avant ”. (Casset, Cie Côté Jardin)

 

Il se passe parfois des rencontres inédites. Par exemple ce repas de quartier à Floirac. : Les clowns commencèrent par créer l’ambiance et à provoquer le rire chez les gens attablés. Jeunes comme vieux semblaient pénétrer un espace ouvert à l’imaginaire, loin d’une assignation spatiale ou territoriale. Cette capacité à créer un autre espace, à mettre en scène la vie autrement, nous avons pu aussi l’observer dans d’autres soirées où même certains adolescents particulièrement renfrognés se prennent à sourire.

 

Dans les quartiers des fois il y a des gens qui restent chez eux qui ne voient personne, qui sont là ce soir pour ce repas et qui viennent te dire : “moi ça fait deux ans que je ne suis pas sorti, et ce soir je suis content, j’ai bien ri, ça fait plaisir, faire participer le public c’est quelque chose d’important, ce n’est pas que les enfants qui rigolent parce que quand on dit clown tout de suite on pense aux enfants. C’est un rapport au public, sa réaction nous donne une inspiration. Moi je me rappelle l’animation qu’on a faite à Bassens le premier jour, quand on est arrivé comme ça, on parlait en Ouolof, eux ils ne comprenaient pas ce que l'on disait et quand on est rentré, on a fait : “oh des blancs et nous on est noir !” et on a vu dans leurs yeux comme si pour eux c’était vrai même si au fond d’eux ils savent que c’est un jeu mais ils se prêtent quand même à ça, ils se laissent aller et quand on touchait les cheveux on sentait qu’ils étaient vraiment contents, ça leur fait du bien et après, ils te disent, c’était vraiment bien, je me suis senti bien dans ce que vous faites ”. (Marianne, Cie Côté Jardin)

 

Les clowns occupent un petit espace devenu scène improvisée.

 

- “ Je m’appelle DADA 1er, je suis le roi de la propreté. Je viens d’un grand sommet des pays les plus propres au monde mais il n'y avait pas le roi de votre pays, je ne sais pas pourquoi ! Je vais recruter des soldats et nous allons nettoyer Floirac ”.

 

Il y a tout le temps une réaction parce, on a va vers le public, c’est une forme qui crée aussi une convivialité, qui efface aussi un peu le fossé qu’il y a entre la scène et le public on sent aussi en allant vers le public, que le public aime ça, il attend ça et il s’exprime aussi quelque part. Il répond au dialogue que l’on instaure tout de suite, ils sont autant sur la scène que nous qui sommes sensés être sur la scène. On les met aussi en situation de jeu et ça c’est quelque chose que tous les publics apprécient particulièrement, se sont des moments où l’on ne sait plus qui joue et qui ne joue pas, ils sont aussi joueurs. Les pièces sont conçues de telle manière qu’ils sont perpétuellement dans la pièce même. Chacun prend position pour tel ou tel personnage ou pour la situation globale et c’est ça je crois qui déclenche la réflexion, ce n’est pas quelque chose qu’ils consomment pour qu’ils partent après. Ce n’est pas simplement un jeu de clown, nos personnages sont très situationnistes. C’est cette espèce de déclic un peu que l’on recherche, après les commentaires et les réactions sont très poussées.”. (Mokhtar, Cie Côté Jardin)

 

Une rencontre surprenante comme il ne peut en exister que dans ces moments informels. Les clowns invitent alors un spectateur de l’assemblée à venir jouer avec eux. Pris au hasard il s’avère être un danseur de la compagnie Révolution qui animera la seconde partie de la soirée. A son habit, les clowns le prennent pour un rappeur : “ Mais c’est un rappeur ? Il n’est pas sale ! Que sais-tu faire à part rapper ?” - “ je sais danser ! ”.

 

 

Il s’ensuit un échange rythmique entre clown et danseur hip-hop. Les genres et les styles se mélangent pour le plus grand plaisir du public. Une rencontre s’est produite à plusieurs niveaux, entre artistes et “public ”, entre artistes entre eux. Une manière de briser quelques codes artistiques et rituels culturels pour s’ouvrir sur une palette de positionnements, de démarches, de questionnements.

 

“ Il y a toujours des règles à respecter, des trucs à ne pas faire, à ne pas dire, tenir compte de la manière de s’habiller, de parler avec les gens, de se comporter, il y a trop de règles, tu es obligé à chaque fois de faire attention pour ne pas choquer la société ou choquer quelqu’un . Le seul moment où je ne me sens pas vraiment coincé par les lois de la société c’est quand je suis sur scène ou bien avec les gamins ” (Casset, Cie Côté Jardin)

 

De l’atelier à la scène publique s’ouvre un espace ouvert entre univers culturel et artistique. Le simple lieu du repas devient espace spectaculaire et événementiel accessible à tous. Un autre lieu du spectacle et de la culture où les odeurs de la vie ne sont pas exclues.

 

La soirée se poursuit ensuite par la danse. Hamid de la Cie Révolution rappelle l’importance du respect devant un public principalement composé de jeunes. Un groupe de jeunes filles de Floirac présente une chorégraphie issue de leur travail, une de leur première expérience de “scène”. Les performances individuelles des danseurs de la compagnie alternent avec les démonstrations des jeunes. Certains à peine plus haut de 10 ans n’hésitent pas à entrer dans la danse. La soirée se termine par une animation D.J. où les garçons plutôt en retrait finissent par entrer dans la fête.

 

 

• L’atelier résidence

 

L’atelier-résidence se place ainsi au centre d’un espace triangulaire dessiné par les trois pôles de la rue, de l’atelier et de la scène : à la fois espace de vie, espace de travail et espace de représentation. Dans le même temps il nous apprend que la vie est une mise en scène, et la scène une manière différente d’imaginer sa vie, que l’art ne peut être séparé de cette vie qui met en mouvement les formes.

 

-“ Dans le travail que l’on fait c’est essentiel d’avoir un sens de l’observation, et de pouvoir regarder des choses qui nous entourent comme ça pour pouvoir les réutiliser. On a directement une ligne qui va de la rue à nos spectacles ”. (Mokhtar, Cie Côté Jardin)

 

Que peut-on évaluer à la sortie des ateliers-résidence ? Certes il y a une production, un produit fini consécutif à l’événement, le carnaval. En posant un repère, cette visibilité de la production est importante aussi bien pour les participants des ateliers que pour les artistes.

Mais nous devinons que ce qui n’est pas visible ou moins accessible, ce qui s’est passé dans ce travail et continuera à évoluer suite à ce travail est encore plus fondamental. Autrement dit, la seule évaluation possible de l’atelier se situe dans le mouvement même qui l’anime. C’est un continuum dépassant le clivage entre amateur et professionnel où se crée une dynamique de formation et d’expérimentation.

 

La résidence en elle-même, par l’aura et la direction artistique qu’elle sous-entend répond à un élan social dont l’atelier est l’espace. De même l’atelier libère une vision esthétique, un rapport sensible au monde. Ce que nous pourrions appeler créativité. Elle ne développe pas nécessairement une forme “ artistique ” mais une forme en maturation qui ouvre un champ de possibilités, un imaginaire.

 

Non seulement c’est dans un continuum mais aussi dans une totalité propre à une forme populaire qu’il s’agit de comprendre le travail en atelier. Ce travail se présente comme un champ expérimental en perpétuel redéfinition où l’expérience en elle-même est source de connaissance et de reconnaissance. S’il y a “ œuvre de création ”, elle est d’abord existentielle et ne peut devenir artistique sans cette condition première.

 

Nous avons vu que l’atelier-résidence comme mode de connaissance, mettant à jour un certain nombre de choses. Il nous offre la possibilité de décrire avec une plus grande finesse un ensemble de relations humaines à travers des cadres, des processus, des mouvements, des matériaux, des formes.... L’atelier ne décrit pas simplement une confrontation avec la matière mais aussi l’espace qui se crée autour, le choix de vie qu’il rend possible. Parce qu’il est en soi un univers, l’atelier nous éclaire sur le monde. Il n’y a donc pas d’espace consacré pour l’atelier, c'est-à-dire entériné par un usage, un discours, une reconnaissance publique ou encore ratifié par une institution du monde du social ou de la culture. Que l’activité se déroule dans un lieu public ou privé, dans la rue ou dans une structure, l’atelier consacre un espace dans un rapport particulier au travail.

 

Dans cette rencontre si particulière entre sphère sociale et artistique l’atelier-résidence est au creux de tensions, entre la prise en compte d’une forme populaire et l’exigence artistique. Il est à la fois l’atelier de l’artiste, le lieu où s’accomplit une alchimie particulière à l’écart du monde et le lieu d’une éducation populaire, une université généraliste de la vie. (Hugues Bazin)

 

Lieu de reconstruction de l’unité perdue,  les ateliers résidence sont dans leur totalité une oeuvre d’art indépendamment de la forme qui  rend le plus visible leurs actes esthétiques finals. C’est pour cela qu’il n’y pas dans le dispositif que les caractérisent une hiérarchie d’importance dans les formes qui compose sa totalité : de l’accueil aux choix des ingrédients du repas ou des intervenants.

 

 

• Education populaire et médiation

 

Une approche de l’éducation populaire serait de restituer la présence de l’individu au monde dans une totalité. Il s’agit de travailler sur le lien entre l’individuel et le collectif, le particulier et l’universel, l’échange culturel et les sphères esthétiques. Interroger un rapport différent au travail et l’accompagnement de projets entrepenarial.

 

- “ La mise de côté de la réponse politique a permis à une pensée unique de s’installer. C’est les concepts d’acceptation, d’inéductabilité dans lesquels s’enferment les quartiers dits sensibles ou déshérités : l’inéductabilité du tiers monde, du quart monde, que le développement de la société produisait ça et qu’il fallait l’accepter, que la seule manière de s’en sortir, pour justement effacer le débat du rapport au travail, mais aussi du rapport au plaisir. Quand je dis que la réhabilitation du don est révolutionnaire, c’est par rapport à cette idéologie que tout doit être fait pour l’accession au dieu marchandise et à la réussite sociale etc. Le don là-dedans vient casser tout parce que c’est un truc de plaisir. Le don contribue à une esthétique et une culture populaire, c’est pour ça que c’est inacceptable d’appeler culture urbaine, parce que c’est un rapport qui te renvoie au ghetto géographique, et qui efface tes racines, ton histoire, d’où ça vient. ” (Jacques Pasquier, Les Gamins de la Rue)

 

C’est bien évidemment une cohérence globale qui est posée ici. A la cohérence artistique devrait correspondre l’équivalent sur le plan de l’éducation populaire (?), élargi à l'ensemble des pratiques urbaines. Ce n’est pas simplement les structures des quartiers qui sont visées. Une forme populaire ne s’astreint pas à une relation centre-périphérie et interroge la façon de concevoir la ville et la vie dans son ensemble.

 

Défendre l’idée d’une prise en compte des formes populaires ne conduit pas obligatoirement à l’idée de vouloir toucher dans un même temps le maximum de personnes. Paradoxalement, l’exigence et donc la sélectivité qu’implique l’atelier-résidence peut constituer la meilleure garantie du développement d’une forme par effet de contagion autour de pôles artistiques ou esthétiques. A condition que cette exigence soit secondée d’un travail d’accompagnement, de médiation et de sensibilisation.

 

Ce travail de médiation correspond à une volonté politique, ce n’est pas simplement une réponse technique. Sinon ce serait créer un dispositif de plus, alourdissant un maillage institutionnel déjà conséquent. Les formes populaires constituent déjà en elles-mêmes une force médiatrice aussi bien au niveau individuel et inter-individuel que sur le plan collectif d’un espace socioculturel plus vaste. Elle canalise les énergies par sa force esthétique et se propage par contagion autour de pôles de création artistique. Il ne s’agit pas de rajouter quelque chose mais de favoriser ce rôle.

 

C’est dans ce sens que nous disons que l’action des Gamins de l’Art Rue implique et s’appuie sur une reconnaissance des cultures populaires.

 

 

 

 

2.3. MUSIQUES METISSES

 

2.2.1. Les actions

 

- NOMBRE ET LIEUX DES ATELIERS :

Rouillac : une résidence du 10 au 27 mai 1999

Angoulême : une résidence du 10 au 24 mai 1999

 

- REPAS DE QUARTIER  + ANIMATIONS:

Angoulême en milieu urbain 

Rouillac en milieu rural(avec animations scolaires)

 

- EVENEMENTS  FINALS :

Rouillac : cavalcade + concert (27/05)

Angoulême :  concert (23/05)

 

C’est  ainsi  que pendant la période du 10 au 27 mai, les membres de VOUKOUM ont assuré  les ateliers résidence en milieu urbain (musique, danse, masques, costumes, cuisine)  à Angoulême et rural (Rouillac du 10 au 27/5) sous la forme d’ ateliers,  repas de quartier et  veillées culturelles  Un Directeur de Production G.A.R . a assuré le suivi, l’encadrement et la coordination.

 

 

2.2.2. Bilan

 

D'un point de vue artistique la prestation d'’Angoulême fut excellente, tant sur scène que dans les nombreuses interventions improvisées. Les ateliers se sont également passés dans une ambiance et une atmosphère qui laissera des souvenir merveilleux aux jeunes … Un petit problème  a été constitué par l’arrivée tardive des peaux de chèvre (pour la construction des tambours),  certaines décisions ayant été prises tardivement. C’est ainsi qu’une meilleure définition du projet esthétique avec les espaces concernés augmenterait l'intensité des échanges. Ceux-ci ont été  denses malgré tout, et si une amélioration est toujours souhaitable, l’ensemble des manifestation a été conduit de manière satisfaisante. 

 

 

2.2.3. Réflexions

 

Quelques remarques quant aux dysfonctionnements avec la structure d'accueil à Rouillac en milieu rural, où c’était la première résidence

 

C'est un fonctionnement entièrement basé sur la routine de diffusion qui a entraîné certaines difficultés à comprendre ce que nous proposions comme  canevas d'intervention. Quand nous nous retrouvons avec des jeunes de moins de 14 ans dans un atelier ouvert à tous que nous pensions être destiné à une population adulte, jeune, ado,  nous sommes obligés de changer la thématique choisie au départ. Celle-ci était  le chômage avec la fabrication de masques grâce à des  découpages d’annonces sur papier journal et  un travail sur les couleurs.  Il est clair qu’elle ne correspondait plus à la tranche d'âge, de même en ce qui concerne la fabrication d’instruments de percussion :  les tambours à fabriquer deviennent les  plus petits, les basses et  médium étant trop lourds pour  être portés par des gosses. Cela entraîne également la  modification de  la fiche technique.

 

D’autre part,  notre dispositif a  pour principe de définir avec les publics rencontrés ce qu'on va faire, dans le but de rétablir l'esprit critique nécessaire à l'exercice de toute démocratie. Il est nécessaire de comprendre que nous ne voulons pas arriver avec du “clef en main” tout ficelle, mais de fournir aux  gens qui le désirent  un espace d'expression,  un travail sur les formes esthétiques de la communication, une connaissance de l'autre par la confrontation. Les ateliers ne sont pas du spectacle ils en sont la préparation. Ils sont la porte ouverte à la possibilité de créer quelque soit son niveau de compétence, en assumant le risque de la création, et c'est cela qui peut causer des petit frottements. Il est important que les. équipements associés à un service public puissent comprendre que ce dernier  ne se limite pas à la diffusion mais qu'il doivent offrir  des moyens  et des espaces à la pratique artistique.

 

SI les ateliers enfants marche très bien dans les écoles primaires et maternelles,  nous nous apercevons qu’ aucune sensibilisation particulière n'a été faite en direction des populations ado. et jeune adulte . Nous pensons que c'est une erreur, car  les contact que nous avons eu avec celles-ci nous a montré e un intérêt certain  et  la nécessité d’un véritable engagement (ces réflexions valent  pour Rouillac, mais  pas pour les centre sociaux  en milieu urbain Angoulême)

 

En ce qui concerne Voukoum, les ateliers se sont bien passés et l'équipe a travaillé avec coeur et compétence. Le niveau technique a été   élevé mais il faudrait corriger un point dans la méthode pédagogique :

 

la construction d'instrument est trop longue et lasse les gamins surtout les plus jeune .Il faut donc que les Voukoum arrive dorénavant avec des percus toute faite et sans abandonner la construction essentiel dans la démarche puisse démarrer la pratique dès le premier atelier par la méthode oral comme il le font déjà mais aussi par la pratique du tambour , quitte à diviser l'atelier en sous groupe qui tourne sur les activité ce qui relance l'attention ...À Angoulême la fréquentation des ateliers a été  optimale et plus importante que prévu . Elle a augmenté au fil des jours ....

 

Des réunions ont eu lieu régulièrement avec le groupe  Voukoum comme bilan au jour le jour et pour préparer la suite (CCAS, Nancy, Écotourisme) C’est une bonne méthode...

 

 

 

2. 4. CCAS

 

2.4.1. Les actions

 

Les actions menées ont été :

 

• Ateliers résidence  à Mesquer (Bretagne)  du 20 au 26 juin 1999

• Ateliers résidence à Nancy du 28 juin au 14 juillet 1999

• Tournée dans les centres de  vacances CCAS du 28 juin au 9  juillet :

 

28/6 : ST PIERRE D’OLERON

29/6 : LES MATHES

30/6 : ARES

1/7 : ST LARY

3/7 : MONTBRUN LES BAINS

4/7 : MIMET

 5/7 : PORT ST LOUIS

6/7 : LE BRUSC

7/7: SANARY GORGUETTE 

8/7 : TOURVES 

9/7 : LE PRADET

 

• Concert à Bordeaux le 16 juillet

• Spectacle autour d’un repas de quartier le 21 juillet à Avignon

 

 

2.4.2. Le bilan

 

1/ La tournée avec la CCAS c’est très bien passé et appelle une suite. Il faudrait cependant  aménager le calendrier des dates de façon à avoir un jour de repos toute les quatre dates, et que les musiciens ne soit plus les chauffeurs. Mais par contre un chauffeur pourrait renforcer l'équipe donc ne pas être uniquement chauffeur mais s’occuper de monter une expo ou des masques, afin qu'il soit autant là pour l'ambiance plastique que pour conduire … Bien qu’il n’y est eu aucune remarque sur l’artistique sauf des compliments, nous pensons augmenter les jeux avec le public dans les veillées culturelles, développer le travail sur les masques et la scénographie , les décors et danse. Les chauffeurs pouvant être des jeunes qui en plus travaillent sur cet aspect décor et masque …

 

 Les ateliers résidence n’ont pas fonctionné de manière optimale  pour des raisons de choix de date et du public âgé présent sur les sites … par contre les repas de village et arbre à palabres ont été de qualité, de même que les petite fêtes et veillées culturelles  avec la présence de la  quasi totalité des vacanciers. Quelques personnes sont venues voir les spectacle de VouKoum à Bordeaux n’hésitant pas à faire une longue route … Il est à noter que ce phénomène s’est passé plusieurs fois sur les veillées, notamment dans le sud ou les distances entre les concerts était peu importantes, et qu’une partie du public  a suivi le groupe sur plusieurs dates.

 

Nous pensons qu’une nouvelle tournée,  pourrait - comme cette année - démarrer par un atelier résidence qui permettrait de fabriquer les masques et les décors dont nous parlions plus haut

 

2/ Une réunion de bilan à eu lieu à l’initiative de la CCAS qui a réuni l’ensemble des intervenants artistiques sur les tournées estivales (soit plusieurs dizaines) . Des compte rendus locaux sont remontés jusqu’à la direction de l’action culturelle faisant état globalement d’une grande satisfaction quant au contenu, non seulement artistique, mais culturel de la prestation des VOUKOUM. Quand des problèmes sont apparus, cela tenait avant tout à la personnalité du chef de centre, la réussite des manifestations et le climat qui les accompagne étant hélas grande ment tributaires de la compétence et d’investissement des seuls responsables du centre de vacances et/ou de l’animation .

 

Il faut signaler que le groupe était composé de 8 encadrements artistiques professionnels , d’un éducateur diplômé et  de 7 stagiaires touchant des défraiements… En ce qui concerne le groupe, la tournée CCAS a permis le financement intégral des ateliers résidence de Nancy pour le plus grands repas de quartier d’Europe…

 

3/Une réunion pour corriger les dysfonctionnements internes au groupe a eu  lieu en Février 2000 en Guadeloupe, lors du XXème anniversaire du Mouvman Kiltirel Voukoum, en présence de  Jacques Pasquier. Elle a permis de reprendre les discussions de bilan que nous avions engagées à chaud en fin de séjour. Nous avons  souligné le manque de responsabilisation pour le matériel sono (manque de soin,  chargement dans les  camions). Les  véhicules loués pour Voukoum ont aussi été rendus dans un état déplorable, sales et éraflés, et  sans aucun constat pour les petit accrochages visibles sur la carrosserie…Du petit  matériel de sono,comme les pied de micro, ont été égarés…Il est important qu’à l’avenir, des responsables pour le matériel et les camions soient nommés en début de tournée et rendent des compte en fin de résidence … Et aussi que le “qui casse paye” soit appliqué.

 

Le dixième anniversaire de Voukoum a été marqué par deux jours spéciaux de fête, les 18 et 19 février  2000. Pour marquer l'importance que donne le mouvement à la démarche d'ateliers résidence, il a invité à ses frais un jeune  par ville  rencontré lors des résidence, afin de  donner une continuité à cette rencontre par rapport au travail entrepris en amont depuis plusieurs années…Par exemple, un jeune Bordelais qui participe depuis trois ans à un groupe (DEL BOUCAN) qui s’est créé après le passage à Bordeaux des Voukoum, en jouant sur des instruments construits dans les ateliers et en répétant régulièrement au Centre Social de Bassens, ainsi que Hamid Atoucha de Nancy, percussionniste, compositeur, qui est aujourd’hui un emploi jeune qui coordonne l'aide aux émergences sur Nancy, ont été invités en Guadeloupe. Enfin, Osvaldo Grégorio de MOLEQUE DE RUA   a représenté la rencontre avec le Brésil … 10 jours d'ateliers intensifs ont ainsi permis aux différents invités de participer du spectacle final à la Scène Nationale de Basse Terre. Des chansons et pièces musicales de chaque invité ont  été joués par tous dans la création finale après avoir été arrangé par Voukoum….

 

 

2.5. LEO LAGRANGE LILLE

 

2.5.1. Le projet du Géant

 

Le travail entrepris en 1999 avec la Fédération Léo Lagrange du Nord/Pas de Calais, et plus globalement avec la Fédération Nationale Léo Lagrange, a répondu à notre désir d'entreprendre des collaborations avec les organisations   travaillant dans  la sphère de l'éducation populaire  mais aussi à celui  d'étaler nos interventions sur un temps suffisamment long pour qu'un travail commun puisse avoir les moyens de développer des actions qui puissent être pérénnisées. C'est ainsi que la travail entrepris en 1999 autour des Géants devrait s'étaler  pendant 3 ans, jusqu'en 2001. L'aspect formation des équipes a visé tant à  la philosophie de l'action qu'a la mise en place logistique du dispositif.

 

I l  aboutira  dans un premier temps, à une grande manifestation autour du thème du Grand Géant à Lille fin juillet 2000. Le projet artistique élaboré par les Gamins de l'Art Rue est construit autour des Musiques Gyrophoniques qui,  grâce à des ateliers de création élaboreront  un canevas à la Fête et serviront de  base aux   initiatives locales qui se développeront  en amont. La composition des Gyrophonies créera un vaste espace sonore, visuel, festif et avant tout collectif, organisé par les fragments plastiques, chorégraphiques et musicaux, choisis et attribués à divers groupes en fonction des goûts et des spécificités de chacun,puis élaborés en divers ateliers, pendant le mois que durera la résidence ouverts aux émergences locales groupes amateurs ou intermédiaires. L'atelier gyrophonique proprement dit intégrera tous les instrumentistes, quelque soit leur niveau, au terme d'environ une semaine de répétitions, celle qui précédera le jour même de la fête, à la fin du mois de juillet. Les participants à ces ateliers deviendront alors les interprètes d'un grand spectacle festif, d'une oeuvre collective, d'une histoire commune où chacun aura vécu, vu des choses différentes donnant à raconter, inventer, à réinventer l'histoire du Grand Géant.

 

L'idée du Géant correspond à la tradition populaire du Nord Pas de Calais. C'est ainsi que  environ deux cent géants d'osier représentant les héros des communes de la Région défilent dans les rues depuis le XVIéme siècle. Ils sortent et dansent avec leurs amis pour des événements particuliers, et ,à des dates précises.Ces Géants, bâtis en osier pour être portés par des hommes, sont tous construits par les Communes pour présenter l'histoire de la Ville.

 

Aucun d'entre eux ne "colle" à l'identité des jeunes et porte bien haut leurs envies, leurs passions, leurs cultures ..C'est pourquoi le réseau Léo Lagrange en Nord/Pas de Calais  a souhaité créer un Géant à l'image des jeunes pour qu'il aient  eux aussi le droit de :

 

- faire la fête tels les carnavals, les fêtes populaires,

- parader pour se mettre en valeur,

- danser pour montrer qu'ils savent eux aussi s'amuser et danser dans la rue,

- porter et faire connaître” leurs musiques, des musiques actuelles qui ont le droit d'exister,

- montrer aux adultes curieux et méfiants, leurs désirs, leurs joies,leurs revendications, leurs craintes.

 

 

2.5.2. La préparation

 

Notre association a été choisie  comme maître d'oeuvre artistique du projet  afin de le replacer dans une volonté de créer dans chaque région des manifestations et des événements qui  soit des  moments de rassemblement des pratiques amateurs  et des cultures populaires des groupes intermédiaires.

 

Dans cette région, comme partout en France, de nombreuses structures de proximité sont en demande de telles manifestation et d'échange dans une dynamique de production. Un certains nombre se  sont inscrites dans le projet dès le départ  :

 

Maison des Jeunes et du Temps Libre de Douvrin

Centre Albert Camus de Lens

Ferme Beaurepaire de Boulogne

Mission Jeunesse de Lille Sud

Animations Inter-Classes d'Hellemmes

Club Léo Lagrange Arbrisseau de Lille

Centre Social du Centre Ville de Cambrai

Maison Municipale des Loisirs et de la Culture de Wingles

Office de la Jeunesse de Bruay la Buissière

Office de la Jeunesse d'Outreau

Centre Social et Culturel Léo Lagrange de Somain

Centre d'Animations Socio-Educatives de Cuincy

Club Léo Lagrange de Saint André

Centre Socio-Culturel de Sailly sur la Lys

Club Léo Lagrange d'Armentières

 

L'implication de notre association l'a conduite, à la demande de l'Etablissement Régional Léo Lagrange  Nord Pas de Calais, à travailler sur la conception  et la mise en en scène de l’ événement du Géant en intégrant notre dispositif d'ateliers résidence pour sa préparation. (animés par  le mouvement brésilien  Quilombo Urbano pendant l'été 1999).

 

Pour être menée à bien,  la réalisation de l'opération s'étalera sur 2 années encore, et elle bénéficiera pour cela de la mobilisation des villes et des diverses collectivités locales qui seront des  éléments déterminants dans la réussite de ce projet.

 

Plusieurs étapes ont été dégagées pour la mise en oeuvre de ce dernier :

 

• ETE 1999 : La collaboration entre  l'association "LES GAMINS DE L'ART RUE" et de plusieurs structures Léo Lagrange a permis d'accueillir durant 15 jours une troupe d'artistes brésiliens issus du mouvement hip hop de la région du Maranhao au Brésil et travaillant étroitement avec nous, les Quilombo Urbano .

 

C'est ainsi que 5 ateliers résidences ont été menés permettant aux jeunes de s'initier et/ou de se perfectionner à des pratiques artistiques encadrés par des professionnels:

 

- Maison des Jeunes et du Temps Libre de Douvrin : hip hop et Break Dance

- Ferme Beaurepaire de Boulogne sur mer : Capoeira et Graph

- Centre Social du Centre Ville de Cambrai (en partenariat avec le Centre Social Martin             Martine) :    Percussion et Chant

- Mission Jeunesse de Lille Sud : Scratch et danse

- Club Léo Lagrange Arbrisseau de Lille : Capoeira et Percussions

 

Chaque structure a organisé un repas de quartier (occasion d'un débat public, l'arbre à palabre). Pour ces repas, la cuisine était réalisée avec la participation des familles du quartier, dans le but  de  faire d'un espace festif et convivial un lieu de discussions où chacun puisse s'exprimer, donner son opinion, sur des questions de société. Par ailleurs, à  l'arrivée des Brésiliens et avant leur départ, des temps de regroupement ont été effectués (Boulogne sur Mer et Aubigny au Bac) réunissant des jeunes participant aux ateliers et les artistes. Ces temps ont permis d'écrire en commun la démarche des ateliers résidence et mettre au point le premier spectacle de fin de résidence (premier élément pour le spectacle à venir). La réalisation de ces spectacles intermédiaires  à permis de voir tout le chemin à parcourir, d'identifier la demande, de mettre en place des ateliers régulier et toute l'année en danse et capoeira sur 4 sites).

 

SEPTEMBRE 1999 : La Fédération Nationale Léo Lagrange  a  passé officiellement la commande à l'établissement Régional Léo Lagrange du Nord pas de Calais d'une partie de l'animation culturelle de son Congrés national. L'association Les Gamins de l'art Rue a parallèlement été désignée pour assurer la conception , la mise en scène, et la réalisation de la partie artistique  de ce dernier qui se déroulera à la Cité des Sciences de la Villette.  C'est ainsi que la collaboration de notre association avec les structures régionales de Léo Lagrange s'est étendue à toute la France, des ateliers préparatoires à la grande fête des 22 et 23 avril 2000 ayant été    prévus dans les régions de Midi Pyrénées, de l'Aquitaine Poitou Charentes, de Rhône Alpes, de Paris Ile de France.....et bien entendu,  dans le Nord Pas de Calais. . Notre projet a prévu d'y faire participer des intervenants de capoiera, de break danse et d'associer les Musiques Gyrophoniques à la préparation dans le Nord, en tant que première étape à la collaboration prévue pour le Grand Géant.Leur intervention concernera aussi bien  l’installation du dispositif de multidiffusion,  qui sera le le réceptacle des différente expressions,  que le travail de composition et d’arrangements propre  à assurer le fil rouge d'une mise en scène. La volonté politique de celle ci repose sur  la  mise en condition professionnelle des pratiques amateurs et le devoir  d'organiser la différence dans une forme esthétique, populaire et festive.

 

Notre idée n'a pas été  d’organiser à l'occasion du Congrès N     ational de Léo Lagrange un festival compilant nos références et nos goûts, mais de  réaliser   une fête de tous, par et pour tous, qui mettra en scène la différence ,en  favorisant la reconnaissance de chacun, tout en valorisant la culture commune.Ainsi, la programmation sera faite en fonction des émergences artistiques repérées par les différentes structures adhérentes de Léo Lagrange, mais aussi  à partir de  projets de solidarité  et d'échanges internationaux.

 

Les ateliers de pratiques artistiques  mis en place dans différentes structures,ont ainsi été encadrés par des personnes qualifiées  et ont démarré dés 1999 dans les centres suivants :

 

√ Percussions orientales au Club Léo Lagrange de Lille Sud

√ Hip Hop / Break et Thé‰ à la Mission Jeunesse de Lille Sud

√ Capoeira à la Ferme Beaurepaire de Boulogne sur mer

√  Danse à la Maison des Jeunes et du Temps Libre de Douvrin

 

Le travail a concerné un public jeune qui s'échelonne du pré-adolescent(12 ans) au jeune adulte (25 ans). La majeure partie des Jeunes touchés ont été  ceux qui fréquentent les sites Léo Lagrange (leurs activités, les Centres d'Animation Jeunesse, les Centres de Loisirs Sans Hébergement, ...) Dans ces ateliers, les Jeunes ont appris les bases de chaque pratique artistique et commencé à préparer leur intervention pour le Congrès de la FNLL  Il  a été prévu que, courant Janvier, le scénario des spectacles parvienne aux différentes structures et permette à chaque atelier de préparer la chorégraphie précise.....

 

Cette collaboration avec la Fédération Léo Lagrange  représente une étape importante dans le développement de notre association. Déjà agréée au titre de la Jeunesse et de l'Education Populaire par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, l'association Les Gamins de l'Art Rue est ainsi devenue un partenaire à part entière d'une des principales Fédérations d'Education Populaire de ce pays, poursuivant et approfondissant ainsi  son travail autour de la reconnaissance des cultures populaires.

 

 

 

2.6. Le plus grand repas de quartier d’Europe à Nancy

 

L’association Les Gamins de l’Art Rue est intervenue à Nancy durant l’été pour participer à une opération pilotée par la Mission Locale de Nancy et qui visait à organiser une intervention à dimension à la fois sociale et culturelle dans le quartier “sensible” du Haut du Lièvre. Au gigantisme de la barre concerné à correspondu un projet ambitieux qui visait à mettre en oeuvre un énorme repas de quartier au pied des immeubles, lequel serait le plus grand jamais réalisé en Europe. Nous avons   été associés  à la conception et à la préparation de l’opération et  Les Gamins de l’Art Rue ont  assuré plusieurs formes d’intervention :

 

• La mise en place   d’un stage  formation/ chantier de réinsertion pour lequel, avec.l'accord du comité de pilotage, nous avons  mis en place  un accompagnement culturel et un encadrement artistique et  technique.

 

• Des ateliers résidence, avec la participation du Mouvman Kiltirel Voukoum, dans une dynamique de participation des stagiaires  et des habitants du quartier  concerné. Notre travail s’est porté  principalement sur les aspects logistiques et sur la réalisation artistique.

 

La  préparation de l’opération dans le quartier du Haut du Lièvre à Nancy a duré de juin au 4 septembre 1999, date de la manifestation qui a remporté un immense succès (le dossier de presse en atteste) . C’est ainsi que la mobilisation des populations a été exceptionnelle  et  que l'on peut dire sans se tromper que tout le quartier s'est approprié le projet. Seuls les petits”mafieux” qui tournent autour de la MJC ont  été cloîtrés dans une attitude de sabotage jusqu'au boutiste, ce qui s’explique aisément par le fait que la réussite d'une telle entreprise  est la  négation  à la fois de leur pratique d'achat de la paix sociale et de leur politique de magouille basée sur le service rendu, qui leur assure un petit pouvoir, ici complètement nié... Encore une fois, les femmes on été le moteur dans la réussite et une telle manifestation leur a permis de s'affirmer, de se rencontrer, de s'organiser, et y compris de formuler des revendications notamment envers le pouvoir religieux tenu par les hommes...C’est pourquoi il était important pour nous d'inviter des organisations de femmes d'autres régions qui avaient  des projet qui fonctionnent à l'année, afin  que celles de Nancy  puissent s'enrichir de ces expériences...(L'ADRI devrait pouvoir nous aider à  répondre à ce type de besoin qui émerge et nous donner des liste d'associations et de projets que l'on pourrait inviter à titre d'exemple). Dans l’idéal, il faudrait que nous puissions disposer d’un réseau de personnes-ressource qui puissent répondre  au pied levé  à nos invitations et   enrichir le débat .

 

Parmi les critiques qu’il est utile aujourd’hui de formuler, on peut penser qu’il aurait été nécessaire de renforcer l’encadrement artistique du projet, sans doute appauvri par ce  manque,  principalement un niveau de l’efficacité sociale.

 

En ce qui concerne l’attitude de la DRAC, il est sûr que son absence a été préjudiciable : d’une part, cela a influencé le comportement des plus bornés des travailleurs sociaux soucieux que la culture n’ampute pas un budget déjà faible....Ensuite, une participation financière et au Comité de pilotage de l’institution culturelle aurait été souhaitable pour donner à cette initiative toute sa dimension.

 

Une réflexion sur la composition du groupe choisi pour le stage s’impose également : en établissant celle-ci uniquement sur des critères sociaux, nous avons été obligé  de prendre les plus durs, ceux dont le comportement est problématique et en les isolant ensemble, nous avons reconstitué le ghetto....Il faut que les groupes soient désormais plus composites et intègrent des jeunes qui ont des projets artistiques individuels. Si un stage comme celui ci peut marcher, c’est en le faisant sortir  d’emblée des dispositifs occupationnels, en le plaçant dans la dynamique d’un acte gratuit pour la communauté, en insistant sur l’expérience valorisante qu’il  constitue plutôt que sur le désir d’une place, d’un travail, avec  le repoussoir constitué par toute solution précaire.  Le refus de rêver était surprenant et il importait que la Direction du Projet insiste sur la dimension de plaisir, en laissant aux travailleurs sociaux le soin de gérer les effets induits. Il nous apparaît ainsi important de ne pas mélanger les rôles, même si en fin de compte nous devons tous nous retrouver sur la même longueur d’onde...Il faut immédiatement responsabiliser les Jeunes, les mettre en situation de “gestion accompagnée du projet”, leur permettre de gérer un espace dans le projet, en s’attendant à un temps de confusion au au démarrage d’une telle entreprise.... Nous avons eu à souffrir du manque de préparation de l’équipe d’intervenants, toujours pour des raisons économiques, à cause de décisions prises tardivement, ce qui ne pardonne pas dans ce genre de circonstances où les encadrements ne peuvent pas se contredire sans que cela soit interprété comme un signe de  faiblesse ... Si l’un des membres, par démagogie ou pour protéger son territoire, les soutient dans leur refus de rêver par exemple, ils deviennent plus hermétiques et se referment sur leurs propres certitudes” (Jacques Pasquier)

 

Cette initiative a permis à l’association Les Gamins de l’Art Rue d’enrichir sa palette d’intervention par son travail dans le cadre d’un chantier d’insertion,(dynamique de formation), posant là des jalons pour perfectionner nos interventions futures dans ce domaine. D’autre part, le grand succès de cette opération a renforcé notre conviction d’élargir nos collaborations  avec des structures du type de la Mission Locale de Nancy, qui ne sont  pas des opérateurs culturels, à partir où moment où ces rencontrent permettent  d'entreprendre des formations/action tout en offrant un cadre à l'expression des formes artistiques populaires et au travail sur celles-ci.

 

 

 

2.7. NJP

 

2.7.1. Les actions

 

A l’initiative des Gamins de l’ART RUE, le groupe oranais ER RACHIDIA EL WAHRANIA est venu participer en octobre au Nancy Jazz Pulsations, dans lequel notre association a l’habitude de proposer des ateliers résidence.

 

L’opération s’est déroulée  selon la formule habituelle , c’est à dire  autour de trois formes d’activités : 

 

1) Les ateliers et animations dans les Quartiers et en milieu scolaire

2) Les "arbres à palabres" / repas de quartier et autres apéro-concerts

3) Les concerts, dont un événement final en fin de résidence, le 17 octobre.

 

L’intervention du groupe ER RACHIDIA s’est déroulée dans le cadre de la manifestation  “QUARTIER MUSIQUES 99” - organisée par le NJP -  ce qui s’est traduit par la participation aux initiatives suivantes :

 

A - Ateliers et animations scolaires  durant la période du  9/10/99 au 18/10/99 à Malzéville, Laxou et Haut du Lièvre

 

B - Repas de quartier/arbre à palabres (avec débats, musique, vidéo), le 13 octobre au Centre social La Clairière du Haut du Lièvre, le 14 octobre à la salle des Fêtes de Saint Max et le 16 octobre au CILM de Laxou + l’animation d’un débat sur l’Algérie (Forum IFRAS) le 11 octobre.     

 

C - Concerts le 9 octobre à Laxou (salle Colin), le 12 octobre à la MJC Etoile Vandoeuvre, le 13 octobre à  Maxeville  au Centre JB Thiery (concert/ animation),  le 14 octobre à la salle des Fêtes de Saint Max,  le 16 octobre à La Douera  Malzéville (thé/concert)  et le 17 octobre lors de la Fête de la Pépinière, dans le cadre de la création du Village des Quartiers, en événement final de la Résidence.

 

Le succès remporté par  ER RACHIDIA  a été très important tant par  la participation aux ateliers et repas de quartier que  par l’audience recueillie lors  des concerts du groupe oranais.

 

 

 

2.7.2. Réflexions

 

• Les repas de quartier :

 

Les repas de quartier ont bien fonctionné mais ils ont attiré notre attention sur leurs imperfections. Cela dans un but de parvenir à améliorer toujours plus la qualité de notre offre et  à progresser d’une année sur l’autre. C’est ainsi que, au vu de l’expérience nancéenne, nous pensons que  les repas de quartier devraient être mieux scénographies . Il faudrait :

 

a) décorer la salle soit en fonction de la thématique ou plutôt de l'ambiance que l'on veut (le refus d’un budget décoration par le NJP sous prétexté que les structures s’en occuperaient d’elles  mêmes a été dommageable, car visiblement l'impulsion n'a pas été donné) .Il nous apparaît indispensable de le  faire sous cette forme  une année afin que les gens puissent mesurer le  plus que cela amène et ensuite s’en charger

 b) réfléchir aux rythmes, faire un accueil musique ou théatralisé par exemple placer les convives . Encore une fois, cette année les musiciens se sont retrouvés entre eux - sauf les rappeurs - ; à leur décharge quand ils arrivaient les tables étaient déjà pleines et il en restait une pour eux

 

L'ambiance générale des repas de quartier et des arbres à palabre (et même plus globalement) est toujours faite de petit détails et des choses qui pourraient être simplement expliquées ; ainsi, il est fondamental que les intervenants aux ateliers résidence reçoivent le même traitement que les autres artistes invités au Festival.. De même, les manques répétés  d'attention et quelque petites vexations ont souvent atténué  l’atmosphère de convivialité requise pour la pleine réussite de ce type d’opérations.entraînant une rancoeur qui parfois s'exprime en mauvaise volonté de faire les choses. Nous continuerons à travailler sur cet aspect qui est essentiel : la mise en atmosphère du temps de parole, avec des décors, de la musique, accentue la qualité d’écoute et met en valeur les intervenants.

 

Les arbres à palabre organisés autour d’Er Rachidia ont permis également de mettre en valeur, ce que nous avions déjà relevé à Bordeaux l’an passé, les difficultés de parler de l’Algérie. Cela nous pousse à  systématiser la présence d’intervenants, surtout dans ce cas précis, ou la parole est difficile, autocensurée.

 

Nous devons veiller à  ce que les arbres à palabres soient  davantage préparés qu’ils l’ont été,  ce qui  a été aussi bien  de notre fait que celui de  des lieux ou ils se sont déroulés. Nous devons mettre en atmosphère ces temps de parole : décors, musique, avoir des disques qui vont donner de la qualité d’écoute, et les intervenants.

 

À Nancy comme à Bordeaux, nous avons  délégué sur les intervenants et cela n’a pas fonctionné… Pourquoi,  je ne sais pas ? Nous n’avons pas suivi les accords fait avec les partenaires, on ne leur a pas mis la pression… nous devons  aussi travailler sur la qualité de la nourriture  (Jacques Pasquier)

 

 

• Les ateliers résidence

 

Les ateliers se sont déroulés de manière globalement satisfaisante. Mais, il a fallu réaffirmer partout que les intervenants étaient des artistes qui sont là pour transmettre, sensibiliser, échanger et non pas des animateurs ou éducateurs spécialisés ; insister sur le fait que les ateliers sont avant tout  des espaces ouvert à l'expérimentation.

 

Au niveau des ateliers rap, les animateurs ont été très satisfaits en particulier en ce qui concerne la participation des Jeunes. C’est ainsi, que dans une dynamique de création, il a pu être mené de front un travail sur l'esthétique et une réflexion sur le sens.

 

Au niveau de la conclusion des ateliers, il nous  apparaît également important d’insister sur la non confusion des rôles : les travailleurs sociaux ont l'envie que l'on montre le travail, sans soucis des exigences artistiques  alors que les artistes ont évidement  une autre approche ; c’est in fine à  à ces derniers de prendre ce type de décisions,  sans subir les pressions . C'est déjà assez dur pour eux d'expliquer aux jeunes qu'il ne monteront pas sur scène  et qu'il faut une exigence de qualité pour le faire, pour ne pas qu’ils aient à subir une pression supplémentaire ; les  animateur ne doivent pas se conduire comme des enfants .!

 

 

• Les concerts

 

- Communication : Le premier  concert s'est fait dans un quartier dans lequel un travail préalable de communication aurait dû être réalisé auprès du milieu associatif, des communautés, etc... L’absence d’annonce à donc été préjudiciable en particulier sur  le supplément EST MAGAZINE dans lequel il n’y avait   pas un mot sur cette partie du Festival ; sur le programme, il  n’y avait  même pas une annonce de concert ou de repas de quartier, et c’est  à peine si le groupe  a été nommé pour  le dimanche, mais sans mention de la création des ateliers . Cette carence est évidement préjudiciable au développement de cette  partie “atelier résidence” du Festival  qui a pourtant toujours recueilli un franc succès que ce soit lors du passage de Doudou Ndiaye Rose, de Moléqué de Rua ou encore des Voukoum .Le pire est l'écho de cette attitude sur les partenaires  de terrain, qui souvent ressentent cela comme si leur travail était déconsidéré ou pire, instrumentalisé par des intérêts politiques et financiers ( la Politique de la Ville c'est à la mode et ça rapporte au festival... ) . Dans la même logique, et cela a été remarqué par toutes les structures, mais aussi par les public, l’absence d’annonces dans les colonnes de l'EST REPUBLICAIN au titre  des activités quotidienne du NJP a suscité une certaine aigreur ironique de la part des organisateurs d'activités qui n’ont pas senti leurs  concerts,  repas de quartier, ateliers, répertoriées dans les activité revendiquées par le festival .

 

 

- Préparation  :En ce qui concerne la préparation des  structures d’accueil de concert comme les MJC, il est tout aussi fondamental de transmettre un état d’esprit de fête, de faire rêver, d’insister sur l’aspect exceptionnel de la rencontre, de mettre en valeur la qualité d’artistes que l’on peut considérer parmi les meilleurs du Maghreb (dans le cas présent), de faire prendre conscience que ce sont des  citoyens en lutte qui ont des choses à nous dire et à apprendre de nous et qui vont prendre le temps,   contrairement aux artistes du show bizness  d’expliquer qu’ils sont  disponibles pour  vivre ces moments autrement , dans le but de construire des souvenirs et une histoire commune .

 

Il est tout aussi important de valoriser les qualités artistiques et humaines des gens que l'on fait venir Et cela doit se ressentir tant à travers l'attitude générale de la Direction du Festival que de celle des personnels qui sont employés sur les lieux de concert (cela concerne également l’attention à porter du point de vue technique et de l’accueil). C’est le prix à payer pour que ces opérations de quartier fasse partie intégrante du NJP et prennent aux yeux des professionnels de la Culture  une autre dimension.

 

 

 

2.8. SAO LUIS (Brésil)

 

2. 8.1. Les ateliers avec Acccrorap

 

Suite aux ateliers-résidence en Europe et aux voyages de repérage faits par Accrorap, une volonté commune d’aventure fédérant les énergies s’est fait jour, d’autant que chacun pouvait enrichir chacun de savoir faire différent et qu’une réflexion sur le sens pouvait rendre visible comme discours ce que la technique rend visible au niveau artistique.

 

En juillet, un atelier-résidence de danse réunissant Accrorap, et Quilombo Urbano - en partenariat avec l’Alliance Française de Sao Luis et le CEPROMAR - s’est déroulé pendant 5 semaines  sur deux niveaux :

 

Accrorap et Quilombo ont animé des ateliers, ponctués des nombreux Free Style avec les populations des quartiers pauvres, et  se sont déplacés les vendredi dans le parc la place principale de la ville…

 

•Un atelier de 5 heures par jour avec 3 danseurs du Quilombo Urbano et deux danseurs acrobates de Rio, a  permis d’initier la création ZUMBI/QUILOMBO( cf dossier joint).

 

Une réunion de bilan a permis de mettre en évidence que ces ateliers appelaient une continuité par une création Le concept atelier résidence de création prenait du contenu par un projet chorégraphie sur la thématique de l’histoire cachée du Brésil …Une première configuration du dispositif à mettre en place et des fonctions de chacun fut discutée.Parmi les décisions importantes qui furent prises, on peut noter :

 

-           La chorégraphie sera placée sous la direction artistique d’Eric d’Accrorap.

 

-           Le thème du Quilombo et de l’histoire caché du Brésil a été retenu, ce qui entraînera que la thématique à aborder dans les repas de quartier et expos serait la notion de travail et son évolution dans la société...

 

-           J. Pasquier s’est proposé pour réunir de la documentation historique sur l’histoire des Quilombos et principalement de Zumbi et le premier Quilombo de Palmares. Il a aussi proposé qu’une bande dessinée de cette histoire fasse office  de livret…

 

            -Les recherches de financement seront conjointes et  Accrorap sera porteur du projet…

 

-           L’association. les Gamins de l’Art Rue activera son réseau pour la sélection des stagiaires dans chaque région et  prendra en charge logistiquement le montage des résidences . Accrorap activera son réseau de lieus culturels comme les Scènes nationales. Ce projet réclamera dans chaque région une collaboration entre les différents réseaux culturels et sociaux, c’est un projet transversal…

 

-           Les dossiers de recherche de financements, de productions locales, de communication seront faits en commun ainsi que les démarches.

 

-           Les artistes Brésiliens seront payés par Gamins de l’Art Rue au Brésil … Une solution pour les deux jumeaux qui ne font pas partie de Quilombo sera proposée par Gamins de l’Art Rue rapidement, et discutée avec eux après accord de la production d’Accrorap…

 

-           Les excédents qui seraient issus des ventes du spectacle seraient alloués au projet de centre culturel et d’échanges internationaux à SAO LUIS. .

 

-           Un prévisionnel de calendrier fut décidé à partir de la proposition de Gamins de l’Art Rue de faire un Working progress à La Villette pour le congrès de la Fédération

 Léo Lagrange…

 

-           Des modalités d’aide pour que les Brésiliens puissent continuer à répéter avant la résidence en France d’avril ont été négociés avec eux et pris en charge par Accrorap…Elles sont de notre avis minimal et ne les sort pas de la précarité et de la marginalité dans laquelle ils sont, mais avec l’aide de Quilombo Urbano, elles vont leur permettre d’assurer des répétitions régulières.

 

 

Notre voyage suivant a permis de vérifier que ces répétitions  ont bien eu lieu et que les progrès techniques étaient  visibles.  Les cours de français nous ont semblé suivis  moins régulièrement sauf par 4 ou 5… 

 

L’ensemble du travail s’est déroulé dans des conditions satisfaisantes même si elles étaient un peu précaires. Les danseurs d’Accrorap étant logés et nourris à la favela par les membres du Quilombo Urbano (La production d’Accrorap assumant les frais). Les répétitions se sont déroulées au “ centre culturel de la conscience noire”. Les ateliers ont été ouverts aux populations et des  free style ont eu lieu   dans la rue…

La collaboration avec CEPROMAR, qui possède un terrain viabilisé de 43 hectares en ville dans le quartier de “ Fatima ”, nous a confirmé que nous pouvions dès à présent l’utiliser pour organiser des échanges. Espace sanitaire, cuisine collective, salles pour organiser des activités d’ateliers, sécurité, situation géographique…etc, tout est  réuni pour garantir la logistique pour  l’accueil de groupes de jeunes Européens dans le cadre d’ateliers-résidence ou de séjour dans le cadre des VVSI avec projet de solidarité internationale.

 

Ces conditions exceptionnelles dans site exceptionnellement beau, à la nature préservée dans une ville mais au bord de l’eau, avec des transports en commun proches etc, nous font envisager -après concertation avec Quilombo Urbano, Cepromar, les populations et leurs organisations-- le projet de construire un Quilombo dont le centre serait une maison de la culture.

 

2.8.2. Dans une logique de formation :

 

Nous avons également organisé un atelier  technique de production d’une manifestation événementielle en milieu urbain et vie associative”. Il s’est terminé en novembre par un concert de soutient avec une Star Brésilienne : RACIONAIS MC.  (le 14) et par  un festival national de HIP HOP mêlant spectacles et séminaires. Cette expérience est à renouveler avec la venue d’un groupe de jeunes Français (voire Européens de 3 ou 4 Pays d’origine différente, ce qui  nous semble l’idéal) et en renforçant l’encadre professionnel avec des techniciens Brésiliens et Européen

 

En organisant le stage sous forme de chantier, les participant de l’atelier ont effectivement monté l’événement. Ils ont constitué le groupe de base qui a permis de mobiliser les énergies locales, principalement des jeunes adolescents et adultes adhérents ou proches du mouvement QUILOMBO URBANO. Ils ont assuré l’ensemble des postes de travail que nécessite une telle organisation. Seule la moitié du service de sécurité était professionnelle et n’appartenait pas au mouvement Quilombo.  Elle a été imposée par le propriétaire de la salle…Les groupes de travail se sont constitués à partir des thématiques suivantes :

-           Administration, finances

-           Régie générale

- Régie son

-   Régie lumière

-   Accessoires et effets spéciaux (pyrotechnie, etc.)

-   Sécurité

-   Communication et publicité

-   Intendance et hébergement

 

Il faut dire que l’Alliance Française a été le relais sur le terrain qui a rendu possible un tel montage, de même que Maison des Enfants du Monde Brasil,  notre correspondant permanent au Brésil. Une vingtaine de membres du Quilombo Urbano, y prennent des cours qui sont ouverts à tous les membres du mouvement Nous participons au financement de ces classes.

 

D’un point de vu financier et dans le cadre des échanges avec Quilombo Urbano, nous nous étions engagés au financement de la résidence et d’une partie des coûts fixe de la logistique du bénéfit-concert de Racionais en ouverture des rencontres nationales Hip Hop.

 

D’autre part il est à noter l’attitude de boycott de l’institution dévouée à de la famille SARNEY qui gouverne l’état et monopolise la quasi-totalité des ressources… Par exemple des pressions ont été faites sur les hôteliers pour qu’ils ne nous louent pas de chambre, sur la société de communication pour qu’il refuse le contrat (3000$) sur un devis qu’ils avaient pourtant fournis et sur lequel nous étions d’accord depuis des mois. Donc pas d’affichage, ni radio télé, ni commerciale. L’accord de parrainage comme celui entre Racionais et la compagnie d’aviation – que celle-ci n’a jamais renvoyée signé - a été dénoncée verbalement 3 jours avant l’événement faisant passé le prévisionnel de 3000 Reals à un coup réel de 13 000 Reals, avec la difficulté pour trouver des places. C’est notre agence de Rio, sur qui les Sarney n’ont pas prise, qui a acheté les billets d’avion à son nom et avancé la trésorerie… La billeterie a été tardivement mise en place car l’administration fiscale, qui doit viser les billets, les a conservés 5 semaines pour vérification. Pas un mot dans la presse ni à la télé régionale appartenant à la dite famille… Seuls les radios communautaires ont fait régulièrement des messages publicitaires et émissions rédactionnelles Il faut bien comprendre que, dans la situation locale, ne pas faire aboutir la manifestation /concert, c’était  compromettre toute la crédibilité du mouvement , ainsi que sa sa capacité à s’auto-organiser…

 

Ce concert fut une réussite d’un point de vue du public… Et des retombées en termes d’image pour le mouvement… Les gens étaient, plutôt vivaient une réalité improbable, proche du merveilleux, le tout dans une ambiance sans violence, une autorégulation s’est opérée. Il y avait plus de 3000 personnes avec une  population à 99% composée d’habitants des favelas … des responsables culturels régionaux étaient invités et plusieurs délégations de différents Etats étaient représentées pendant le festival, dans les séminaires et sur les scènes ainsi qu’en première parti des Racionais MC.

 

Ces derniers, qui ont leur label,  se distribuent eux-mêmes, et ont une entreprise pour les produits dérivés, ont donné aux Quilombos l’exclusivité de leur représentation sur l’Etat  ; de même, les Racionais auront la possibilité de représenter, vendre ou faire vendre les productions du mouvement nordestin…Considérant la France comme “ le ” pays du hip hop nous sommes mis d’accord pour que nous puissions voir quelles sont les possibilités de leur venues en Europe. Très enthousiastes sur notre manière de travailler et  sur le dispositif d’ateliers résidence, ils sont ouverts à une proposition sans y avoir posé d’autres exigences que la garantie de bonnes conditions pour exercer leur art…

 

Une réunion de bilan a eu lieu à Rio, en janvier 2000, en même temps que des ateliers dans trois Favelas de la ville grâce à un accord avec un député de l'opposition PT… Les ateliers, ont plus été une prise de contact, ponctuée de free style, qu'un véritable travail sur la forme. C'est pourtant un premier pas encourageant pour l'avenir et notamment vis à vis du travail que  nous voulons entreprendre avec une création future  création Accro rap / Quilombo  Urbano, qui, comme en France, ferait  appel à une vingtaine de stagiaires de ces quartiers… un concert a eu lieu au centre de Rio et nous avons eu une réunion qui permettrait à des groupes de hip hop Français de tourner dans au moins 5 villes de 5 Etats du Brésil… L'hébergement, la nourriture et bonnes conditions pour jouer seraient garanties, mais le prix peu élevé des entrées ne permet pas de payer les voyage,s ni des cachets compatibles avec la norme française. Nous pensons proposer aux Alliances Françaises et à l'AFAA une collaboration…

 

 

3.CONCLUSIONS

 

En développant nos activités en 1999, l’'expérience nous a montré qu 'il y a deux variantes du même dispositif mettant en oeuvre des encadrements différents, et surtout des exigences esthétiques différentes :

 

• Les résidences ouvrant un espace de création par la mise en relation d'émergences artistiques encadré ou non par des Maîtres.

           

• Les résidences de sensibilisation qui, dans l'idéal doivent se dérouler simultanément aux résidences d'émergence, ce qui permet de mettre des pratiques amateurs en conditions  professionnelles ; toutefois dans le cas des résidences d'écotourisme ou de chantier de vacances, il n'est pas nécessaire qu'elles se déroulent conjointement. C'est par contre absolument nécessaire lorsqu'il s'agit d'un projet final d'oeuvre collective ou l'artistique tient la place centrale.

 

Nous avons pu vérifier partout combien les populations avaient changé leur attitude face à la culture, à leur manière de consommation culturelle C’est ainsi que nous ne sommes plus sur un désir de consommation de produit fini labelisé par la reconnaissance de l'institution ou le marché  mais sur une volonté d'expression artistique, de pratique amateur. C’est comme pour le Sport ou il existe un sport d'élite et une pratique sportive ; dans l'Art, il y a les stars et parallèlement, une volonté de pratique amateur qui ne peut pas pleinement s'épanouir car, contrairement au Sport où les équipements sont nombreux,  dans le domaine culturel, il existe un fort déficit par manque d’adaptation des espaces culturels,  avant tout dévolus à la diffusion.

 

Le concept de culture pour tous faisant appel à des dispositifs favorisant le tout diffusion ne correspond plus à la réalité du terrain,  il est donc aujourd’hui nécessaire de compléter  ceux qui existent avec  des espace de confrontation des pratiques.

 

Pour appuyer cet argumentaire, on peut noter  l'explosion des ventes d'instruments , la multiplication des home-studio, l'émergence du hip hop , de la techno , des squats artistiques , l'engouement pour les carnavals,  le théâtre de rue faisant  appel à la participation des population,s et autre oeuvres collectives....

 

La politique culturelle institutionnelle est définie pour organiser la Culture autour des professionnels et de leur lobbyisme, sans jamais tenir compte des populations qui deviennent pour elle des publics, c'est à dire une abstraction administrative qui doit consommer la vérité artistique baptisée offre culturelle, pour ne pas devenir  non-public  au pire , et  public à conquérir au mieux? Souvent ,les résidences d'artistes sont organisées dans la logique  de conquête de nouveaux publics . Il s’agit alors de ramener dans des structures de diffusion de plus en plus désertées, la majorité perdue à la vérité culturelle institutionnelle ou marchande ; amener le non-public à devenir public ... Notre démarche est autre nous nous proposons d'ouvrir des espaces qui permette la pratique artistique, d'acquérir les outil culturel de l'autonomie créatrice ,

 

D'autre part, la loi contre l'exclusion réaffirme et renforce (dans son premier alinéa) le droit de chacun à la culture , aux sports , aux vacances et loisirs, des principe énoncés dans les Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

            - " La nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction , à la formation professionnelle et à la culture ... etc .. "treizième alinéa

 

De plus elle garantit à tous dans le onzième alinéa l'accès aux loisirs .

 

Si ces principe font parti du bloc de constitutionnalité, ils nous appartient à nous citoyens de les faire entrer dans la pratique . La loi contre l'exclusion en  renforçant ces aspect, donne aux divers administration un cadre pour leur mise en oeuvre . Nous nous proposons, avec le réseau Fanfare, de mettre en place des dispositifs pour que ces déclarations d'intention deviennent réalité et que les organismes institutionnels, comme les particuliers, trouvent en nous une infrastructure qui les aident à faire passer ce droit dans la pratique avec une éthique d'éducation populaire.