CHARTE de " FANFARE "

 

Les signataires estiment qu'il est indispensable d'ouvrir de nouveaux espaces de travail et de débat sur la place constitutive de la culture dans la société.

Le principe d'unité Art et Vie est un outil majeur dans la lutte contre les inégalités.

Fanfare est un réseau international regroupant des équipes professionnelles engagées dans une réflexion critique sur l’action culturelle et artistique. De la diversité de leurs expériences, les membres de " Fanfare " tirent un constat commun qui les conduit à se rassembler autour d’une nouvelle éthique de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation des projets. Ils énoncent des principes partagés qui valent " charte " fondatrice de nouvelles pratiques d’intervention applicables, en particulier, dans le cadre des politiques publiques.

Eléments de constat.

* Exprimé dans la terminologie habituelle, le constat fait apparaître que les équipes d’opérateurs culturels regroupées dans " Fanfare " interviennent dans la diffusion, le soutien aux créateurs, la formation et la sensibilisation.

* Qu’ils disposent d’un équipement ou qu’ils soient nomades, les membres de " Fanfare " donnent priorité aux projets contribuant à la réduction des inégalités et à la lutte contre les exclusions, avec l’objectif de favoriser les émergences artistiques liées aux multiples formes d’expression des populations impliquées.

* Intervenant fréquemment au titre des politiques publiques, les membres de " Fanfare " sont attachés au développement des approches transversales et territoriales, en particulier la Politique de la Ville qui permet de conduire des projets innovants, ouverts sur l’expérimentation artistique et sociale.

* De plus, les membres de " Fanfare " inscrivent au cœur des projets la dimension de l’échange et de l’ouverture, dans une logique de solidarité, de réciprocité et de va et vient, tant au niveau inter quartiers qu’au niveau de la coopération interrégionale y compris dans un cadre international, axe indispensable à la réussite des actions dans la durée.

 

Toutefois, tirant les leçons de leurs pratiques de terrain, les membres de " Fanfare " considèrent que ces constatations ne sont pas suffisantes pour rendre compte des particularités de leur action. Un autre regard est nécessaire pour reconnaître pleinement le bien fondé du travail engagé.

Trois principes pour une nouvelle approche

Les équipes de " Fanfare "  affirment leur ambition de respecter les trois principes suivants dans la conduite de leurs interventions.

I - Approche globale :

On ne peut limiter l’action artistique et culturelle à sa dimension sectorielle, ou même transversale. Les équipes de " Fanfare " ne veulent pas se contenter de " diffuser leurs activités ". Elles affichent , par les opérations, leur volonté de prendre en compte l’ensemble des réalités vécues par les populations concernées.

Dans une nécessaire redéfinition des territoires, l’approche globale nécessite de s’investir aux cotés de partenaires multiples, qui apportent, chacun, leur juste part à la réalisation des opérations. Collectivités territoriales, services de l’Etat, centres sociaux, établissements d’enseignement, missions locales, associations diverses exprimant les attentes des habitants, entreprises, écoles de musiques, bibliothèques, musées ou opéras…, le partenariat avec l’ensemble des acteurs est pensé comme une nécessité vitale pour la réussite des projets, non comme un moyen de promotion de la programmation artistique.

* En particulier, l’approche globale conduit les membres de " Fanfare " à considérer les populations impliquées dans les actions comme des acteurs à part entière et non comme des publics passifs, qui seraient uniquement voués à consommer du spectacle sous des formes déterminées à l’avance.

* Cette reconnaissance du rôle de chacun est cruciale. Les équipes de " Fanfare " estiment qu’elle contribue fortement au développement de la démocratie participative, rarement pratiquée dans le domaine culturel.

* Pour mener à bien une telle approche, complexe et délicate, une concertation approfondie doit être mise en œuvre. Elle réclame du temps, des moyens adaptés, des compétences spécifiques et des formations validées. Pour les membres de " Fanfare ", l’étape préalable de concertation n’est pas suffisamment prise en compte par les décideurs publics, ce qui conduit, trop souvent, à favoriser des projets " clés en main " dont l’impact est superficiel et passager.

" Fanfare " estime donc que des financements particuliers doivent être prévus pour l’étape de conception partenariale des projets.

* Dans le même esprit, les membres de " Fanfare " s’étonnent que les financeurs publics soient souvent réduits au rôle de guichets à subvention. Ils affirment leur préférence pour les démarches contractualisées conduisant les partenaires publics à prendre les responsabilités qui leur reviennent et à leur confier, dans la transparence, des missions de service public. Ils attendent, en particulier des financeurs publics, des indications claires sur la place accordée aux volets culturels et artistiques dans les politiques globales de développement des territoires.

 

II - Accompagnement des expressions culturelles des populations :

Il s’agit de donner priorité au " trajet " que suivent (ou devraient pouvoir suivre) les personnes participant aux actions.

* L’intervention des équipes prend la forme d’un soutien adapté à chaque étape des trajets suivis par les personnes concernées, avec l’objectif de privilégier la progression de chacun. Cette approche en terme de " trajet " est pour " Fanfare " une source manifeste d’innovations, d’expérimentation et d’émergence artistique qui contribue à enrichir les cultures de tous et ne se réduit pas au seul accès à la culture officielle.

* L’un des outils privilégiés,mais non exclusif, de cette démarche est " l’atelier résidence " qui construit une situation de travail adaptée entre les artistes et les personnes impliquées, dans une perspective d’émancipation et d’approfondissement des pratiques d’émergence artistique. Ateliers, stages, workshops, etc. contribuent également à cette relation privilégiée entre artistes et publics.

* L’autre dimension de l’accompagnement des trajets concerne la fonction de centre de ressources remplie par les équipes de Fanfare, qui adaptent leurs conseils, propositions et interventions aux questionnements des populations avec la préoccupation de répondre aux situations de terrain et aux évolutions artistiques.

* Dans ce travail d’accompagnement, " Fanfare " observe que les trajets engagés par les personnes les plus inventives sont entravés par l’absence de statuts juridiques adaptés, en particulier pour les amateurs. Le vide juridique est préjudiciable à l’émergence artistique qui, faute d’autres solutions, est, trop souvent, soumise aux exigences de rentabilité immédiate du marché des loisirs.

* Les membres de " Fanfare " demandent une définition négociée du Droit des amateurs ainsi que des dispositifs de soutien public à la création et au développement d’entreprises liées aux dynamiques d’émergence, en particulier dans le cadre des politiques territoriales.

* De plus, au titre de leur fonction de centres de ressources, les équipes de " Fanfare " estiment important de proposer des modules de formation aux organismes spécialisés pour favoriser la compréhension de l’émergence artistique dans la diversité des contextes sociaux et économiques.

 

III-Evaluation :

Pour les membres de " Fanfare " l’évaluation est un processus continu qui doit englober l’ensemble des facettes d’un projet.

* L’approche globale qui associe des partenaires aux centres d’intérêt diversifiés et l’accompagnement des trajets qui refuse toute exclusive des formes, genres ou styles artistiques imposent de nouvelles méthodes d’appréciation des actions engagées. La dimension expérimentale des opérations ne permet plus de se satisfaire des évaluations sectorielles, effectuées de l’extérieur, et quelquefois dans le secret, par l’un ou l’autre des partenaires.

*Revendiquant leur mission de laboratoires d’initiatives, les équipes de "Fanfare " estiment impératifs de prévoir la présence, en continu, d’une équipe de chercheurs, accompagnant le déroulement des opérations, s’impliquant dans le projet et contribuant à son évolution.

Elles demandent que des financements publics adaptés soient prévus pour intégrer la dynamique de recherche-action au développement des projets culturels.

Autant que la phase de conception, cette dynamique de recherche-action conditionne la qualité des projets ainsi que leur adaptation aux réalités complexes dans lesquelles les opérateurs culturels sont engagés. " Fanfare " considère que la dynamique de recherche-action est indispensable pour nourrir le débat public sur la pertinence des projets culturels et que la logique de l'évaluation doit conduire à un système structurel de financement public.

 

 

 

 

Les trois principes de globalité, d’accompagnement de trajets, d’évaluation par la recherche-action dessinent une nouvelle éthique de la fonction d’opérateur culturel dès lors qu’elle est centrée sur l’émergence artistique et sur l’implication économique et sociale des actions.

Ces trois principes expriment les ambitions fondatrices de " Fanfare " et les engagements affichés par les membres qui appartiennent ou souhaitent appartenir au réseau.